The New Number Order

Création les 7 et 8 décembre 2018
Festival Les Inaccoutumées
La Ménagerie de verre, Paris

Photo : Thomas Scotto d'Abusco

THE NEW NUMBER ORDER est la réunion de trois vecteurs, deux danseuses et une musique qui produisent une même énergie, séparément ou en relais. J’ai choisi le groupe américain Shellac pour leur son, leur énergie très singulière, la complexité rythmique de leurs morceaux pour composer une danse résistante, radicale et déterminée à exister.

Cette pièce n’est ni un solo ni un duo, c’est une paire, une scène partagée, un relais d‘énergie, un ping-pong, un double un miroir déformant, un écho… Une battle ? Deux corps très féminins sur, dans, contre, avec, à côté, face à une musique très masculine. Avec une utopie : chaque corps pris comme un instrument, avec ses possibilités physiques et techniques, ses outils et ses qualités brutes, sans effet spéciaux, et si possible sans état d’âme.

Shellac - guitare basse batterie- est parfois catégorisé comme appartenant au style mathrock. Ce terme s’applique à certaines formes de rock expérimental qui ont émergées vers la fin des années 80 et dont la principale caractéristique est la complexité des rythmes ainsi que l'enchaînement et la mise en place des mélodies souvent dissonantes.

Il résonne encore plus pour moi à l'écoute du morceau New Number Order dont les paroles redéfinissent l’ordre des nombres. Il conforte mon désir et mon trouble pour cette musique, les états qu’elle provoque. Elle me suggère l’écriture d’une mathdanse, jonglant sur le rythme, l’ordre et le désordre, la soumission du mouvement à un ordre quel qu’il soit. Politique, historique, moral ou autre.

Chorégraphie : Annabelle Pulcini
Interprètes : Elise Ladoué et Annabelle Pulcini
Lumières : Yannick Fouassier
Ingénieur du son : Samuel Pajand

Coproduction : La Ménagerie de Verre à Paris. L’Association Béton Chantiers.
Prêt de studio : Studiolabs/Ménagerie de Verre, La Briqueterie CDC Val de Marne.
Ce projet a bénéficié de la mise à disposition de studio au Centre National de la Danse à Pantin.
Soutiens : La Cie DCA/Philippe Découflé

Administration et contact: Emilie Houdent • 0661428508 • emihoudenthotmail.com

Trouble dans le corps

The new number order propose par l’approche chorégraphique une recherche sur les signifiés de genre masculin/féminin émanant de mouvements et d’état de corps. En s’appuyant sur le noise rock de Shellac, la pièce joue de contrastes entre énergie débridée et écriture maîtrisée. Les assauts d’aigus et les riffs de guitare tranchants appellent à une danse défoulatoire affranchie de toute écriture du geste. Pourtant, Annabelle Pulcini extrait de ces états de corps de pure énergie un vocabulaire de gestes abrasifs et y imprègne des formes de présence et de conscience qui vont en détourner la portée.
Le son abrupt et les grands gestes emportant tout le corps réfèrent au cliché de transgression rock masculine. Evidemment leur retranscription dans deux corps féminins place la pièce dans le sillage des grandes figures féministes du rock alternatif et du punk androgyne. Mais au-delà de la revendication d’une réappropriation des motifs gestuels de la transgression, la danse ici désaxe le signifié social de ces postures. Précisément cette alternance de mouvements écrits et débridés met en évidence les représentations symboliques des corps pour en déconstruire les assignations.
Marches avec le cou en avant, mouvements des épaules, bras décollés du corps, grande amplitude de pas, balancier des bras de bas en haut, postures et déplacements empruntent leurs impulsions à une iconographie du geste masculin d’assurance voire de victoire. Mais les mouvements ne sont que des esquisses de ce langage codifié, ils y sont délestés de toute intention, diluée dans une conscience du geste, en tant que geste mais pas en tant que signe. Ainsi par la danse le corps signifiant défait son signifié. Elle déplie un nouveau paradigme renvoyant à un signifié trouble, hybride, libéré de ses symbolisations aliénantes.
La danse contemporaine a aujourd’hui tendance à instaurer des corps virtuoses et/ou singularisés, misant sur le marginal pour questionner les identités de corps. On y décèle néanmoins une fixité des symboliques, une sorte de formatage au subversif. Annabelle Pulcini propose avec cette pièce, une approche de la danse, non pas comme une mise en scène de corps et de mouvements, mais comme un vecteur de polysémie des corps, d’une révolution sémantique, « porter un coup avec les mots » dit Monique Wittig (La Pensée straight, ouvrage coordonné par Sam Bourcier, Edition Amsterdam, 2018, p127), on pourrait ici dire « porter un coup avec les gestes ».

Edith Mouliné, Nov 20

PRESSE :

THE NEW NUMBER ORDER dans le parking du Consortium à Dijon les 13 et 14 Octobre 2020
"Les deux femmes instaurent un désordre jubilatoire, on aimerait les rejoindre dans la danse, partager cette énergie qu'elles transmettent avec beaucoup de talent. Les gestes sont donnés à l'état brut sans maniérisme. On se retrouve dans l'esprit du rock, un désordre des corps salvateur, et un engagement sans limite."
LYDIE CHAMPRENAULT (CLP) in Le Bien Public le 14 10 2020 • Lire l'article

THE NEW NUMBER ORDER au Figuière Festival le 27 juillet 2019
« Des spectacles (...), qui empruntent à la performance et au manifeste, servis par des artistes à la violence impérieuse, bruts et brutaux, à l’image du somptueux corps à corps des danseuses Élise Ladoué et Annabelle Pulcini dans The New number order. »

SELMA LAGHMARA in Zibeline